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Mot à Mot / Évangile de Luc

Lampe 121ème Dimanche du Temps Ordinaire / C





La "porte étroite", de quoi parle-t-on ?

       


En ce temps-là, tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant. Quelqu’un lui demanda : "Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?" Jésus leur dit : "Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. "   (
Luc 13, 22-03)

Plutôt que se demander si "peu" ou "beaucoup" seront sauvés, interrogeons-nous un moment sur ce que veut dire : "être sauvé". Partout dans le monde en effet, la question est récurrente, tant il est évident qu’à tout moment autour de nous tout peut mal tourner, nos efforts échouer, notre monde s’écrouler. Telle est la vie  de l’être humain sur cette terre, qui lui est un fardeau. D’où vient cette grande peur, qui partout dresse les gens les uns contre les autres, à savoir qui aura le plus de biens et le plus de pouvoir, pour le plus de sécurité.  

En cela consiste la Bonne Nouvelle1, qu’à cette misérable condition qui nous est faite nous est promise une issue, une voie de secours, une porte de sortie. Quelqu’un. "Je suis le chemin, la vérité et la vie", dit Jésus. Face à l’instabilité de ce monde, nous est offert de changer de monde et poser le pied dans cet autre monde qui dans les évangiles a pour nom : "le Royaume" – versus l'avertissement adressé à ceux et celles qui  jusqu'à la fin n'auront pas fait le pas : "Je ne sais pas d' vous êtes". Un autre monde, donc, porteur d’une autre logique et d’autres lois qui le régissent, qui sont celles, non de la pénurie, mais de l’abondance ; un monde où la vie coule de source, comme l'eau promise par Jésus à la Samaritaine qui devient, dans la poitrine de ceux et celles qui la boivent, source d’eau jaillissant en vie éternelle2. Au contraire de la retenue d’eau, c’est un flux continu, une eau à chaque instant à goûter, qui ne tarit pas

Il est un mot cependant qu’il faut savoir, qui seul autorise le passage : PERDRE. "Celui qui conserve sa vie la perd ; et celui qui perd sa vie à cause de moi la trouve" (Mt 10 39), dit Jésus à l’homme qui lui demande comment obtenir "la vie éternelle" – cette vie comme un fleuve, dont il est parlé plus haut. Un mot auquel vient s’ajouter aussitôt  cet autre mot : TOUT. "Vends tout ce que tu as, dit Jésus au "jeune homme riche", puis viens et suis-moi". TOUT perdre pour TOUT recevoir, c’est donc bien de cela qu’il s’agit, qui permet le passage d’un monde à l’autre.

"Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive" (Lc 9, 23), dit-il encore. Or, si l’évangéliste a placé si tôt dans son évangile cette évocation du "sacrifice de la Croix" dont le récit pourtant ne viendra qu’à la fin, c’est qu'il marque de son empreinte tout ce qui vient après ; particulièrement cette exhortation aux disciples qui leur fait ainsi obligation, passant "la porte étroite", de prolonger le geste initié par le Fils sur la Croix.

Or quel est-il, ce geste accompli par le Fils à la croix ? – Il consent à perdre TOUT : son corps de chair qui a fait de lui cet homme qu'il est, le monde même auquel il a lié son sort, et jusqu’à son Esprit qui le fait Un avec le Père, et qu’il lui abandonne.

Trois jours. Et c’est Pâques. La mort est vaincue. Il a passé.

Cela ne se programme pas, cela advient. Après bien des années passées entre le monde et Dieu à clocher des deux jarrets3, à hésiter et ne pas savoir à quoi se décider, vient ce moment décisif où vous êtes amené/e, par un concours de circonstances que vous ne maitrisez pas, à perdre tout ce que vous aviez de plus cher : une situation, un amour, l’idée même que vous vous faisiez de votre propre vie… Au comble du désarroi, vous empruntez alors la seule issue possible. Avec Jésus à Gethsémani, vous dites : "Père, non pas ma volonté, mais la tienne4". Et, les yeux rivés sur le Christ et porté par son Esprit, vous vous y tenez. Or voilà qu’après trois jours, guère plus, vous vous apercevez que vous l'avez franchie, "la porte étroite", que l'on ne passe que si l'on n'a plus rien à soi ni personne, que Dieu ; et c'est sans retour cette fois, et vous le savez. Vous êtes de l’autre côté, dans cet autre pays "où coule le lait et le miel", où il va vous falloir maintenant apprendre à séjourner. Libre. Vous n’êtes pas hors d’atteinte, mais l’accusateur s’est tu et la peur est tombée. Avec Paul maintenant vous dites :

"Je suis crucifié avec le Christ ; ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi ; ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi.5"

Avec beaucoup d’autres, vous êtes  entré/e dans la danse désormais, que dansent au cœur du monde le Fils et l’Esprit, pour le porter au Père.  

♦ Viviane M 08 25

Qui en grec se dit évangelion, évangile.
2 Jean 4, 14
1 Rois 18, 21. "Alors Elie s'approcha de tout le peuple, et dit: "Jusqu'à quand clocherez-vous des deux jarrets ? Si le Seigneur est Dieu, suivez-le ; si c'est Baal, suivez-le". (1 R 18, 21) "Clocher des deux jarrets" c’est s’avancer en boitant, portant son poids tantôt sur une hanche et tantôt sur l’autre ; tantôt sur Dieu et tantôt sur le monde.
Luc 22, 41.
Galates  2, 20.

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