|
Pierre et Paul. Fêtés le 27 Juin
Pierre et Paul Les deux colonnes
L’Église très tôt les a associés : Pierre le pragmatique, et Paul le mystique. Pierre, aussitôt choisi pour être le chef de l’Église naissante, et Paul, l’Apôtre tard venu et que l’on ne l’attendait plus.
Pierre
Paul dans les Évangiles n’apparaît pas. C’est Pierre que l’on voit. Pierre le premier appelé, avec son frère André et quelques autres. Pierre choisi par le Père avant même de l’être par le Fils :
"Et vous, qui dites-vous que je suis ? leur demande Jésus.
– Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! s’est-il écrié, avant tous les autres.
– Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, s’émerveille Jésus ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux."
Et, prenant le relai du Père, aussitôt il l’intronise :
"Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle." (Mt 16, 15-18)
Pierre, d’une nature riche et généreuse et toujours prêt à se lancer dans l’action, qui à l’appel de Jésus sans hésiter marche sur les eaux puis, revenant soudain à lui, prend peur et commence de couler :
"Seigneur, sauve-moi !" Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" (Mt 14, 30-31)
Pierre qui sait entendre la voix du Père quand cela lui convient, mais qui sait aussi, face à Jésus, adopter la posture du tentateur quand il lui plaît. Alors que Jésus commence de leur expliquer qu’il devra souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter, voilà que Pierre aussitôt
"le prenant à part se mit à le morigéner, lui disant : "Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas." Mais lui, se retournant, dit à Pierre : "Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes…"
Puis vient le commandement ultime, sur lequel Pierre butera jusqu’à la fin :
"Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera". (Mt 16, 22-25)
Renoncer à lui-même, c’est cela précisément que Pierre ne sait… ne peut… ne veut pas faire. Suivre lui est difficile, il veut être devant. Ce travers de Pierre, c'est Jean dans son évangile qui en donne la clé. Jean qui suit derrière et rapporte leur dernière conversation.
C’est après les hurlements de la foule…, après la croix…, après la mort et la mise au tombeau…, après les apparitions du ressuscité…, après qu’il a soufflé sur eux l’Esprit. Après la trahison.
"Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu [en grec : agapaó] plus que ceux-ci ?, demande Jésus. – Oui, Seigneur, toi tu le sais : je t’aime / phileó – Pais mes agneaux."
Il lui dit une deuxième fois :
"Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu" / agapaó – Oui, Seigneur, toi tu le sais : je t’aime" / phileó. – Sois le berger de mes moutons."
Il lui dit, la troisième fois : "Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ?" / phileó
Pierre fut tout triste de ce qu'il lui avait dit la troisième fois : "M’aimes-tu ?" / phileó. – Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime" / phileó. Jésus lui dit : "Pais mes moutons." (Jn 21, 15-17)
Les mots en grec ont ici leur importance, on le sait : aimer – agapaó –, selon que Jésus l’attend de Pierre, c’est aimer comme Dieu aime, par la vertu du Saint-Esprit*. Tandis qu’aimer – phileó – comme Pierre le décide, c’est aimer d’affection, comme s’aiment les amis. Ici comme à son habitude, Pierre tient tête. Il résiste et ne veut pas céder. Sûr de son amitié pour Jésus et gommant le souvenir de la trahison, il veut encore avoir raison. Or voilà que Jésus, posant sa question pour la troisième fois et reprenant alors le mot de Pierre, maintenant le lui concède : "phileó", mais ne change pas d'avis : "Pais mes moutons".
Et… Pierre en fut "tout triste" ! Le mot employé ici en grec - lupeó - est le même que l’on trouve dans l’évangile de Matthieu pour dire la tristesse du "jeune homme riche" qui, en même temps qu'il renonce à suivre Jésus, renonce à "la vie éternelle" que pourtant il convoitait. Il s’en va tout triste / lupeó, "car il avait de grands biens." (Mt 19, 22) Les "grands biens" de Pierre, c’est Pierre lui-même – son énergie, son savoir-faire, sa vigueur, son autorité naturelle, son amitié pour Jésus dont il est si fier –, dont il ne veut pas se défaire. Si être saint, c’est n'avoir rien à soi pour sa vie que Dieu même / Dieu qui seul est Saint (1 S 2, 2), alors il nous faut convenir que Pierre n’est pas saint tout de suite. Mais il le sera plus tard, à la toute fin de sa vie quand, conduit au martyr, enfin il capitulera. Jésus d'avance l'en avertit :
"Quand tu seras vieux, tu tendras les mains et c'est un autre qui attachera ta ceinture et te conduira là où tu ne voudrais pas". Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre révèlerait la gloire de Dieu. (Jn 21, 17)
Paul
Paul, quant à lui, commence là où Pierre finira. Son histoire est bien connue, et lui-même il la raconte en plusieurs endroits. Aussi nous contenterons-nous ici de ces deux citations, parmi bien d’autres, qui disent assez son complet retournement et son abandon au Christ, immédiat, et sans restriction aucune :
Pour ce qui est du zèle, j’étais persécuteur de l’Église ; pour la justice que donne la Loi, j’étais devenu irréprochable. Mais tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte. (Ph 3, 6-7)
Paul ainsi est saint tout de suite.
J'ai été crucifié avec Christ, écrit-il encore aux Galates, et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. (Ga 2, 20)
Le contraste entre eux est saisissant. À l’inverse de Pierre qui rechigne à faire confiance, Paul n’a pour seule vie que le Christ Tout le reste lui est pure perte, il le dit. Et pourtant, c’est bien sur Pierre, au-delà de ses multiples défaillances, qu’est fondée l'Église. C'est lui le premier pape, duquel chaque pape après lui tient sa charge. Il est celui, au milieu du collège des apôtres, qui au lendemain de la Résurrection reçoit de Jésus sa mission :
Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. (Mt 28, 19-20)
L’Église
Pour finir si l’on veut, à grands traits, faire à chacun sa part, Pierre apparaît comme le chef incontesté de cette Église qui administre les sacrements, veille à la transmission de la Parole et enseigne à observer les commandements ; tandis que se tournent vers Paul ceux et celles qui, aimant comme Dieu aime, sans négliger les préceptes n'ont pour seule boussole que la parole d’Augustin : "Aime et fais ce qui te plaît". Ainsi dans l'Église, convenons que Pierre est nécessaireau plus grand nombre, à tous ceux-là qui, comme lui n'aimant que d'un amour imparfait, n'accèdent à Dieu que par la voie des commandements ; tandis queles autres avec Paul – le petit nombre – se tiennent au milieu d'eux comme le levain dans la pâte qui, de siècles en siècles, la portent à la lumière d’un jour nouveau.
À tous cependant, la même mission est assignée : annoncer la victoire du Christ remportée sur la mort à un monde qui, sans elle, ne sait plus vers Qui aller.
Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi salera-t-on ? Vous êtes la lumière du monde […] et l’on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison (Mt 5, 13-15).
♦ Viviane M 06 25
* Pour plus de précision, voir précédemment : "Je crois en l'Esprit Saint"
|