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1er DIMANCHE DE CARÊME /A
NON ! Au commencement n'était pas le péché, au commencement était la joie !
Non, l’histoire humaine n’a pas commencé avec le péché ; elle n'a pas commencé avec ce méchant couple entré en scène en Genèse 3, jaloux l’un de l’autre et jaloux de Dieu. L’histoire humaine dans la Bible commence avec la joie, avec l’heureux homme en Genèse 2, auquel Dieu ajoute une femme :
Dieu bâtit en femme la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena à l’homme. Et l’homme dit : « Celle-ci, cette fois, est l’os de mes os et la chair de ma chair ; elle sera appelée “femme”, car c’est d’un homme qu’elle a été prise, Celle-ci ! » [Gn 2, 21-23]
Se priver de ces versets – comme fait la liturgie de ce Dimanche – pour passer sans transition de l’homme modelé par Dieu de la poussière du sol (Gn 2, 7-9) à la scène dont le Serpent est au centre (Gn3, 1-7), c’est faire commencer l’histoire humaine avec le mal, et c'est faire fi de cette assertion au fondement de notre théologie, selon laquelle "LE MAL N'EXISTE PAS, IL N'EST QUE LA PRIVATION DU BIEN[1]. C'est ainsi tordre le texte et lui faire dire le contraire de ce qu'il dit : que le mal selon l'Écriture serait premier ! Plus grave encore, c’est priver les croyants du BIEN qui vient avant, par quoi seulement le mal est vaincu. Tant il est vrai que le mal et le malheur ne sont pas à combattre à coups d’efforts et de bonnes résolutions mais, sans en rien retrancher[2], par la puissance de la Parole – ce qu'elle me dit – et la joie qui vient avec.
Qu’il suffise, pour s'en convaincre, d’observer la façon dont Jésus répond à ses adversaires venus l’interroger pour savoir si l’on peut tout bonnement renvoyer sa femme "pour n’importe quel motif" (Mt 19, 3-12). Fustigeant leur péché, il ne les ramène pas comme ici à la définition qui en est donnée en Gn 3. Mais, après les avoir rudement apostrophés – "Cœur durs !" –, ils les renvoie à la vérité de la relation entre hommes et femmes telle que voulue par Dieu au Commencement :
N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, mâle et femelle il les fit » et qu’Il dit : « À cause de cela, l’homme abandonnera père et mère, il se collera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair ? De sorte qu’ils ne sont plus deux, mais une seule chair. » [Gn 2, 24-26].
Ce "commencement"-là – en grec, genesis, genèse – ne fixe pas la date de l’apparition de l’homme sur la terre, on le sait. Mais il est, à l’origine de chacune de nos histoires d’hommes et de femmes, comme une impulsion, l’expression parfaite du vouloir de Dieu modelant l’homme de la poussière du sol, puis lui ajoutant cette femme bâtie de sa propre chair, et leur donnant par là même à tous deux d’entrer ensemble et l’un par l’autre de plain-pied dans la gloire promise.
Le péché n’est plus alors que l’inversion de ce bonheur et sa négation, une absence[3].
Un homme est seul dans le Jardin de Dieu. Il attend l’"aide" promise. Et comme il la voit venir à lui appuyée au bras de Dieu, soudain il sait - qui - il est : "Chair de ma chair, Celle-ci !". Il suffit parfois d’un instant, quelques mots échangés entre un homme et une femme, un sourire, dans la rue ou dans un magasin, au travail, pour qu’advienne ce bonheur-là et que le monde dans l'instant s’en trouve meilleur.
Pour conclure, ces quelques mots encore, à méditer, de Karl Marx : "Le rapport immédiat, naturel et nécessaire de l’homme à l’homme se fonde sur le rapport naturel et nécessaire de l’homme à la femme. Ce qui signifie qu’une civilisation peut être jugée à la place qu’elle donne à la femme dans son face à face avec l’homme.[4]"
♦ Viviane M 02 26
1 de Saint-Augustin, reprise par Thomas d’Aquin.
2 Sur ce point et quelles que soient les raisons que l'on se donne, l'Écriture en plusieurs endroits peut se montrer sévère. Voir ce passage de l’Apocalypse 22,19 : "Si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du Livre de cette prophétie, Dieu lui enlèvera la part qu'il a dans le Livre de vie et dans la Cité sainte." À méditer, particulièrement concernant l'usage que l'on fait aujourd'hui du Psautier, dont certains versets sont mis entre crochets pour ne pas être récités, alors qu'ils sont bien souvent les plus décisifs.
3 Voir précédemment, l'histoire du moine du désert : "Pleurez, revenez !"
4 Karl MARX, Manuscrits de 1844 (5), Troisième manuscrit [127] Cité sur France-Culture, Talmudiques, 15/02/2026.
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