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Le Christ-Roi
Le Christ-Roi versus "Sauve-toi toi-même !"
L’Église ce dimanche fête "le Christ-Roi", et nous donne à lire la Passion selon saint Luc, où est proférée à l'adresse du supplicié par trois fois cette injonction: "Sauve-toi toi-même !".
Des chefs, d’abord, qui le tournent en dérision : "Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu !"
Puis des soldats, aussi, qui se moquent de lui : "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !"
Enfin du méchant larron suspendu à côté de lui, qui l’injurie : "N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous avec !"
En réponse, son silence. Puis ce cri qui reprend la parole du psaume : "Père, en tes mains je remets mon esprit." Ayant dit cela, il expira [Lc 23, 46]. "Expirer", c’est "rendre le dernier souffle", son souffle – ruach, en hébreu dans le psaume ; pneuma, en grec dans l’évangile. Remettant son souffle dans les mains du Père, c’est sa vie même, sans plus rien savoir, qu’il lui abandonne pour qu’il en dispose. Le Père ici, par le Fils qui se livre à lui et par la mère au pied de la croix qui l'y exhorte, en quelque sorte est sommé de se manifester, de dire au monde QUI Il est, QUEL PÈRE ?
C’est là le moment tant attendu, le geste décisif par lequel le Fils en sa chair, envoyé au monde pour lui donner la vie, le ramène à la fin dans le sein du Père. C'est là le temps de l’accomplissement, où toute chair verra – VOIT – le salut de Dieu (Lc 3, 6).
Or la Croix, qui pourtant est le point focal de la mission du Fils, dans les évangiles ne vient qu'à la fin. Car il aura d'abord fallu à Jésus trente ans de vie à Nazareth, puis trois ans de prédication à travers la Palestine sous domination romaine pour en mesurer tous les contours ; trois ans pour mêler ensemble, dans son corps d’homme, le vouloir de l’homme et le vouloir de Dieu. Trois ans passés à guérir les malades et ressusciter les morts, et trois ans aussi à déployer toute sa science et son habileté face à des adversaires qui d’avance ont décidé sa mort, proclamant :
"Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu'il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement." (Jn 5, 19)
Jusqu’à épuisement du combat et sa montée vers la Croix – trois ans passés à rencontrer des femmes qui lui en montrent le chemin ; et trois ans aussi pour l’annoncer au petit groupe de ses disciples souvent récalcitrants :
Si quelqu'un veut venir après moi, dit Jésus, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera." (Luc 9, 23-24)
Nous y voilà ! Car ce chemin-là n’est pas que pour le Fils. Il est pour chacun de nous, pour vous, pour moi, nous tous qui durant des décennies avons mené le combat – toujours le même – contre l’infamie. À la suite de Jésus portant sa croix, tombant et puis se relevant, pour arriver avec lui enfin au Golgotha. Avec lui et par lui – renonçant à soi-même – chacun pour sa part s’en remet alors au Père quant à l’issue de son combat. Qu’il prenne les commandes et vous dise enfin QUI Il est, QUEL PÈRE ?
Être chrétien ainsi n'est pas seulement croire en Jésus, mais c’est croire-en-Jésus-qui-croit-au-Père, dans joie du Saint-Esprit. C'est là, croyez-le, qu’il est votre Roi !
Jusqu'à comprendre que c'est à vous aujourd'hui que s'adresse l'Apôtre Paul, célébrant ainsi le Père :
Rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière.
Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : En lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. (Col 1, 12-13)
♦ Viviane M 11 25
*Ps 30 (31), 6. Le psaume, pour bien le comprendre, est à lire en entier, qui commence ainsi : "En toi, Seigneur, j’ai mon abri. Sur moi, pas de honte à jamais ! En ta justice, affranchis-moi, délivre-moi, tends l’oreille vers moi, hâte toi…", traduction Bible de Jérusalem, 1998.
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