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À PROPOS / Jalons

Lampe 1
V Montalembert

 
Pleurez, revenez !


Maintenant, parole du Seigneur, revenez à moi de tout votre cœur,
 dans le jeûne, les larmes et le deuil !

Déchirez vos cœurs et revenez au Seigneur votre Dieu,
car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour

Qui sait ? Il pourrait revenir,
il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction.
(Jl 2, 12-14)


Qui revient ? 

– Est-ce vous / moi / ou Dieu lui-même ?
Et qui était parti ? 
– vous / moi / ou Dieu ?
Qui déchire son cœur et s’en va pleurant ?

C’est ici l’histoire d’un moine, au IVe siècle, qui s’était retiré au désert pour prier Dieu. Mais il ne pouvait pas s’empêcher régulièrement de retourner en ville coucher avec des femmes. Or son abbé, qui pourtant avait le don de clairvoyance, ne s’en doutait pas. Jusqu’au jour où il connut sa conduite. Alors il l’appela et lui dit : « Dis-moi où tu étais cette nuit, et pourquoi tu irrites Dieu ? » Le moine tomba à ses pieds et dit : « J’ai péché devant Dieu, et voici trois ans de cette pratique dans laquelle j’ai été attrapé. »

L’abbé lui dit alors : « Mais que faisais-tu pour que Dieu me cache la faute où tu étais tombé ? » Il dit : « C’était mon habitude que chaque nuit où j’allais à la ville, je disais en pleurant, à l’aller et au retour, les huit canons de psaumes et les hymnes de pénitence ; mais cette nuit le mauvais démon m’a rendu négligent, m’a désespéré, et il a dit que mes prières étaient inutiles. Je n’ai plus eu du tout le souvenir de Dieu et je n’ai pas psalmodié. »

Et l’abbé lui dit : « Bénie soit la miséricorde de Dieu, qui ne veut pas la perte de l’homme ! Et maintenant, puisque Dieu ne se souvenait pas de tes autres méfaits pendant ces trois ans, moi pareillement, je te pardonne pour cette nuit, par la miséricorde de Dieu. » Et il revint à Dieu et devint un homme parfait par la pénitence et les bonnes œuvres[1].

Dès lors, que dirons-nous de ce péché qui, au contact de Dieu par la prière, perd toute consistance, au point que pour l’homme de Dieu, l’abbé, il n’existe pas ? – Que c’est un renversement. Car le péché n’est pas souvent où l’on croit. Le mauvais démon, en effet, que fait-il pour que le péché commence d’exister ? Il désespère le moine et le convainc de se détourner de Dieu. Là commence le péché. Et les actes suivent – ils ne précèdent pas.

Mais, reconnaissant sa faute, l’homme a retrouvé Dieu qu’il croyait perdu. Le manque alors a disparu. Il devient « parfait ». En d’autres termes : il fait en sorte que le souvenir de Dieu ne le quitte plus. Et, là encore, les actes ont suivi.

Qu'il me soit permis d'ajouter en dernier recours que revenir à Dieu en pleurant, ce n'est pas brandir le drapeau de la religion pour couvrir ses propres turpitudes, comme trop souvent le font nombre de petits et grands prédateurs à travers le monde.

 ♦ Viviane M 03 25

[1] Cf. Apophtegmes des Pères du désert, Arm. I 622 (25) A.

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